Nous désirons que notre style théâtral mette l'accent sur la gestuelle, l’imagination des comédiens, la musique et les maquillages, afin qu’ils aient autant d’importance que le texte.

Nous nous efforçons donc de permettre à nos créations de bénéficier d’un réel temps de recherche dans ces domaines, car ces derniers ont idéalement besoin d'un vrai investissement physique et mental à leur service.

D'où ce choix d’aller vers une forme de théâtre qui soit à la fois populaire et sacrée. Une forme de théâtre qui garde son « effet sublime », pour reprendre les mots de Stanislavski.


Nos auteurs

Il nous semble judicieux et enrichissant de s’ouvrir aux œuvres d’un maximum d’auteurs de cultures différentes. Autour de Molière et de Shakespeare - incontournables et précieux - il en gravite de nombreux, classiques et contemporains. A nous de les (re)découvrir, de les faire apprécier, et de valoriser leurs multiples richesses.

Jusqu'à présent, nous avons choisi des auteurs contemporains. C'est le Hasard de la Vie (existe-t-il ?) qui nous a guidé, mais cela ne veut pas dire que nous nous arrêterons là.  Nous souhaitons dans l'absolu jouer la carte de la variété : comédies, tragédies et tragi-comédies, auteurs français et étrangers, classiques et contemporains... et aussi les créations et les adaptations qui ont leur place, de la même manière.


Notre public

Nous désirons jouer aussi bien pour le "Tous Publics" que pour le "Jeune Public". Nous voulons en effet que nos jeunes spectateurs aient la possibilité de découvrir tôt le théâtre, d'y trouver un attrait particulier et d'y prendre goût. Et c'est dans ce dessein que nous tâcherons de proposer de manière égale différents spectacles aux uns comme aux autres.


« A quoi sert le théâtre ? »

Je n’ai jamais eu aucune envie de m’exhiber où que ce soit, ni même de me faire remarquer de quelque manière que ce soit. Je souhaite passer inaperçu, ne pas attirer l’attention et ne jamais faire aucun bruit.

Je suis prêt cependant à monter chaque soir sur une scène pour m’exposer en pleine lumière devant un public et jouer. Je fais même tout ce que je peux pour cela. Il me semble que (malgré tout !) c’est bon pour ma santé et il me semble aussi que j’ai quelque chose de très intéressant à dire et à montrer à mes congénères.

Quoi exactement je dis et je montre, je ne le sais pas bien et ne peux guère l’expliquer. Ca me paraît être d’une absolue nécessité. Si nécessaire même qu’il se trouve toujours au moins quelques personnes pour venir me voir et m’écouter.

Elles m’assistent en quelque sorte et alors le théâtre a lieu. Après quoi, soit dit en passant, mes chers amis, il vaut mieux ne point trop s’attarder à manger et à boire.

Ces personnes qui viennent savent peut-être mieux que moi à quoi sert et à quoi leur sert le théâtre. De même que la lumière leur donne une ombre et que le miroir leur donne un reflet, de même le théâtre leur donne un double et même plusieurs : le petit bonhomme dedans qui crie au secours, et toute une foule de sosies bien différents les uns des autres.

Ce reflet, cette ombre, ces doubles qui bougent et se modifient sans cesse fournissent à ces gens des indications précieuses sur leur corps, sur leur situation dans l’espace et dans le temps, sur leur apparence, leurs airs, leurs gestes, leurs pensées secrètes, leurs sentiments cachés…

Elles savent ainsi beaucoup mieux où elles sont, qui elles sont, d’où elles viennent et même où elles vont ! Elles ont du moins l’impression de le savoir intensément un bref instant.

Plus la tempête est grande sur la scène, plus le héros est malmené, et plus il sert de phare pour faire le point à tous ces immobiles dans le silence de la salle, très agités à l’intérieur d’eux-mêmes et très désemparés. Le théâtre ça les apaise, ça les soulage et ça les éclaire dedans. On peut alors penser qu’ils deviennent un peu meilleurs tous ensemble.

André Benedetto


« Notes artistiques »

Notre vie est sale et grossière. C’est un grand bonheur quand l’homme, dans ce monde immense, se trouve une maison, un appartement ou même un simple mètre carré, où il peut, rien qu’un moment, s’isoler du reste du monde et se nourrir des sentiments élevés et des élans de l’âme.

Cet endroit propre peut être l’autel pour l’ecclésiastique, l’université, la salle des conférences ou la chaire pour un professeur, la bibliothèque, son poste de travail ou un laboratoire, pour un scientifique et pour un peintre, son atelier, pour la mère aimante, la chambre de son enfant, pour un acteur – le théâtre et le plateau. On se doit de protéger ces lieux saints de tout ce qui pourrait polluer nos joies spirituelles. Il ne faut pas les salir ni les souiller. Au contraire. Il faut y apporter tout ce qu’il y a de meilleur dans l’âme humaine.

C’est étonnant, mais au théâtre, chez des acteurs, on observe parfois le mouvement inverse. Ils apportent au théâtre tous leurs mauvais sentiments, ils salissent et souillent l’endroit qui devrait rester propre pour leur bonheur, et ensuite ils s’étonnent, que l’art et le théâtre n’ont plus d’effet sublime sur eux.

S’il en est ainsi, c’est à cause de l’absence de toute discipline artistique. Avant tout cette dernière doit entretenir chez un acteur le respect du lieu et l’estime à l’égard de son travail. On ne peut pas cracher sur l’autel et ensuite prier, sur son sol souillé. Peut-être vaut-il mieux cracher avant de venir au temple, puis s’essuyer et arriver tout à fait propre, là où la beauté physique et spirituelle est indispensable.

Pour qu’il en soit ainsi, il faut d’abord développer chez un élève le respect du théâtre et l’estime de la scène. Dès l’enfance on est fasciné par l’autel. L’acteur doit sentir le seuil et la proximité de la scène. Dès l’enfance on est fasciné par l’autel et les Portes royales. On ne peut pas les franchir sans une certaine peur. Cette emprise, l’acteur devrait la ressentir lorsqu’il rentre sur scène.

Constantin Stanislavski